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L'idée de cette expérience est née en juillet 2008, lors d'un treck sur les volcans des îles éoliennes en Sicile. Le volacanisme, une passion ancrée en moi depuis l'âge de 6 ans quand j'ai rencontré ma première idole Haroun Tazieff. Je sais, un peu étrange comme poster au-dessus de son lit à l'adolescence...mais la fascination pour ces montagnes de feu est là. Je voulais en faire mon métier, hélàs mes piètres résultats dans les matières scientifiques m'ont amené vers une autre orientation scolaire !
En redescendant du Stromboli, les yeux encore explosés d'image et de
poussière, on décide d'inviter notre guide à boire une p'tite birra del
sol en terrasse. Quelques échanges plus tard, il m'explique qu'il est
l'organisateur du marathon de l'ETNA et du Volcano trail. Et là paf !
C'est l'alliance d'un truc magique dans ma tête : courir sur mon volcan
préféré ??? Le top ! Oup's je sais pas courir...pas grave, voilà un
objectif digne à vivre. Un marathon, donc 42,195 kms avec 1000 m de
dénivelé positif et 1300 de négatif ??? A ce moment là, ça ne me parle
pas vraiment...
La course à pied n'était pas mon truc auparavant, depuis plusieurs
années je suis une rameuse d'aviron, et le footing était une base
d'entraînement, ou un moyen efficace de me défouler après une grosse
fiesta afin d'éliminer plus vite... Et puis une rencontre avec une
coureuse de marathon depuis plus de 10 ans se transforme en une belle
amitié, et me voilà embarquée dans l'aventure des trails de mon
département cet été en vue de me préparer pour mon volcan...J' apprends
peu à peu ce que le mot "trail" signifie, et l'esprit de cet univers me
plaît vraiment. Amour de la nature et simplicité, ambiance moins "snob"
que l'aviron !!! Je panique avant chaque course, je me pose mille
questions débiles, je doute, redoute les autres, la météo, mes
baskets...A chaque fois, je me dis que je ne vais pas y arriver, je
râle telle Josiane Balasko dans les bronzés "elle est trop dure la côte
!"
Je passe sur le plan d'entraînement costaud pour un trail de 35 à 65
kms que je me suis mangée, sans indigestion, ni séquelles, accroissant
encore plus ma pugnacité et mon obstination (si si mon homme confirme,
caractère bien développé !). Le week end, c'est entraînement d'aviron,
et dodo l'après-midi...Une vie bien rangée, criticable par les copines
et la famille certes, mais nécessaire. pour moi, pour un premier
marathon, j'ai besoin de me rassurer à travers une prépa où j'aurai
fait de mon mieux. C'est ma philosophie de vie pour éviter remords et
regrets. Dans cette aventure, mon ironman de Chéri est là, soutien et
accompagnement dans certains entraînements (la vision de ces jolies
fesses pour le fractionné en côtes, ça aide +++), et il me propose de
faire le marathon à mes côtés. Oh oui avec plaisir !!! Au départ
c'était l'alliance du volcanisme et du trail, en rajoutant le versant
voyage en amoureux, c'est carrément le paradis !
Donc, je nous réserve le voyage avec VO2max qui propose la course et
quelques jours d'excursions en Sicile après. On choisit cette option,
comme ça, si la course est une cata, j'aurai au moins des souvenirs de
Syracuse et de paysages magnifiques !!! On décolle de Genève vendredi
midi pour arriver à Catane via Rome en fin d'après-midi. Première nuit
réparatrice dans un hôtel splendide dans la vieille ville, l'occasion
de découvrir une architecture à couper le souffle. On s'installe et là
c'est le drame : explosion du bidon de boisson d'attente dans le sac de
mon homme, la poudre est super volatile, il y en a de partout, même à
l'intérieur de l'appareil photo, complètement inutilisable...Vive la
lessive des fringues au mir express ! Après le transfert à l'hôtel
situé au pied de l'ETNA versant sud, la journée de samedi a été dédié
au repos et à la zen attitude : dodo et massage et ......
19h : briefing du marathon. Je revois avec plaisir Marco, mon guide du
Stromboli à la genèse de ce projet. Il semble ravi et un brin étonné de
me retrouver là. Les explications sont claires et en trois langues per
favoré, car la course est limité à 100 mais avec 10 nationalités
différentes...Melting pot sympa, on repart tous avec notre p'tit sac et
l'envie de faire honneur à la beauté du site.
Il fait terriblement froid ce soir, températures négatives, brouillard,
neige sur l'ETNA et paysage lunaire. Cette ambiance me transporte dans
un monde mystique, je suis complètement déconnectée de la réalité, en
phase avec les énergies du lieu. Repas à l'Hôtel et discussion avec les
quelques coureurs installés proches de nous, échanges sympas et
fascinants : William a fait 20 fois les 100 kms de je sais plus où, le
marathon de l'Everest...Guillaume fait des marathons comme moi je fais
la cuisine : tout le temps !!! Très intéressant mais pas rassurant du
tout, je me sens vraiment toute petite dans mes baskets, nulle, ça y
est je ne sais plus courir c'est certain !!! Mon homme me rassure, en
même temps lui il connaît l'épreuve...Bref, comme je doute, j'avoue je
frise la mauvaise foi et deviens un peu pénible...Je chasse vite ces
ressentis, j'ai fait de mon mieux pendant tous ces mois, alors
maintenant je profite et je me laisse porter par la vague ! On effectue
les derniers préparatifs, questionnement intensif sur la tenue,
l'alimentation (pas de ravito, juste 2 points d'eau sur la
course)...22h45 vieux doute sur la potabilité de l'eau pour le camel
bag, j'opte pour l'achat d'eau minérale à l'hôtel, même pas chère...
Bizarremment, je dors super bien, mon homme aussi, digestion nickel et
aucune angoisse au réveil...P'tit déj un peu particulier et pas très
drôle parce qu'il ya avait des tonnes de trucs sympas au buffet :
gâteau au chocolat, croissants aux amandes...mais pas très digeste tout
ça, d'autant que le service démarrait à 6h pour un départ à
8h...Impossiple de respecter les 3h fatidiques de digestion du coureur
!!! Mon chéri ne stresse pas et déguste tranquillement ses croissants
avec un double ristretto, et moi manque de bol, je plante la machine à
café, impossible d'avoir mon café ! Malheur, tragédie, comment je me
réveille ? Finalement un serveur pas vraiment encore sorti des bras de
Morphée, me sauve avec un faux café italien, le fameux "américano" pas
top. Pas grave, ça fait du bien aux neurones. Ensuite, on a une heure
tranquille avant le départ en bus où on se pose dans la chambre avec
p'tite séance de relaxation.
7h30 : départ pour la course, on est tous dans le bus, contents de
découvrir que le froid est là mais le soleil aussi ! Le coupe vent est
obligatoire mais il restera dans le sac. Au départ, on est 100 mais vu
l'étendue du lieu, j'ai l'impression qu'on est beaucoup moins. Les
organisatuers propose un faux départ pour la télé sicilienne, très
drôle le truc parce que beaucoup n'avaient pas compris, alors certains
sont partis comme des bombes et d'autres traficotaient leurs lacets
(euh ça c'est moi...)
8h15 : départ officiel (pas à l'heure mais on est en Sicile alors c'est
normal !), je suis bien, contente, on a pu s'échauffer un peu et mes
jambes semblent m'obéir. Le premier passage est technique, single trace
dans la roche volcanique, perso ça ne me pose pas de soucis (je m'étais
éclatée l'hiver dernier en descente sur les volcans indonésiens) mais
un mec devant moi bloque un peu, je freine fort et je me tords la
cheville entre deux scories ! Je ressens des fourmis violentes, pas
grave c'est pas le moment de trop s'écouter alors on fonce !!! Mon
chéri trace, je suis, on est bien même si l'air est pas facile à
trouver (contente d'avoir fait un entraînement un jour de grand froid
deux semaines en arrière), après 45 mn environ, on se retrouve à un
carrefour avec quelques italiens, hésitations sur le chemin...babord ou
tribord ??? Personne derrière et personne devant, un coureur italien
nous explique qu'il a fait la course l'année dernière, selon lui il
faut monter, alors on suit super confiants et à fond. FATAL ERROR !!!
La jeep de l'organisation vient nous remettre sur le droit chemin, mais
on a perdu du temps, et de l'énergie ! Encore une fois, je râle...On
emboîte le pas, et on se dit que c'est pas grave, on est pas sur un
1000 mètres... On alterne passage dans les sous-bois, des forêts de hêtres et
bouleaux où les couleus chatoyantes font tourner la tête...et pouf nous
voilà en plein versant volcanique, noir de chez noir avec un soleil
radieux en toile de fond. C'est tout simplement sublime, je m'hydrate
régulièrement, et après 1h de course petit miam miam toutes les 30 mn.
Le profil est pas évident, alternance de 2 montées et de 2 descentes
très longues...Je suis à fond concentrée, je pense à tous les conseils
que j'ai pu avoir, je réfléchis à ma foulée, ma respiration, j'oublie
ma cheville, je veille à mes sensations et je me sens en totale
sécurité à côté de mon homme. On s'éclate dans les descentes, où on
double pas mal de coureurs, dans ces passages, j'ai 6 ans et j'ai le
sentiment de voler, d'habitude sur mes parcours d'entraînements j'hurle
des "waouhhh" mais là je me retiens...la french touch sûrement.
Jusqu'au 30 kms, je ne vois rien que le plaisir de fouler les sentiers,
et les roches de mon volcan, signature rapide au point de contrôle, et
on repart ! Euh, un peu moins à fond...c'est quoi ces espèces de
douleurs sur les côtés des jambes et en haut des fessiers ??? Je les
connais pas ! Pourtant j'en ai mangé des côtes mêmes longues, mais pas
des côtes de 15 kms...certes ! Alors, plus ça va, plus les passages
plats semblent monter et plus les descentes semblent être
plates...Marco passe en Jeep "allez ça monte encore un peu mais c'est
bientôt fini !" Alors on s'accroche et on se dit que l'important c'est
de finir.
Enfin un panneau indiquant 40 kms ! Plus que 2 et des poussières, YES !
On pense au vieux adage super nul "tu n'a jamais été aussi proche de
ton but" et aux personnes qu'on aime, comme pour faire manger les
p'tiots "allez encore une p'tite côte pour Papa !". Oh my god, jamais 2
kms n'ont été aussi longs, je crie à mon homme " mais elle est où cette
p.....de ligne d'arrivée !!!" On est sur un chemin volcanique qui me
semble interminable et encore rien en vue, pas de bruit de fanfare où
d'âme humaine...c'est pas encore là, allez une p'tite accélaration pour
Papa...J'ai mal aux jambes, mais je tiens !
On entre dans un sous-bois avec une p'tite descente, j'en profite pour
dérouler tranquille, et soudain sous mon bandeau en polaire rose (ben
oui, la pouf french touch'), il me semble entendre des voix, donc soit
je deviens encore un plus tarée soit c'est l'arrivée ! La seconde
suggestion était la bonne, à l'issue de cette descente je distingue un
truc gonflable noire et plein de gens tout autour qui applaudissent
joyeusement, je fonce à la hauteur de ce qu'il me reste comme force,
donc pas grand chose ! Enfin, je franchis mon premier marathon, mon
chéri est juste là derrière moi, on s'enlace et je pleure comme une
gamine.
30 ième au scratch et 4ième féminine...Jamais j'aurai pu imaginer un
truc pareil ! Du beau monde, j'ai eu l'honneur de courir avec
l'italienne championne du monde de sky running et une championne
britannique de VTT. Emotions intenses sur mon volcan, histoire
inoubliable, en plus partagée avec mon chéri...Comment ne pas avoir
envie de remettre ça ???
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